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Exposition "En regard : Léon Gischia face aux artistes du présent"

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Jusqu'au 7 juillet au Musée de Borda

 

Une mise en lumière inédite de l’œuvre de Léon Gischia...

Le Musée de Borda célèbre, du 20 avril au 7 juillet 2013, l’œuvre de l’artiste Léon Gischia (1903-1991) d’une façon particulièrement novatrice. L’exposition « En regard, Léon Gischia face aux artistes du présent » offre une mise en lumière inédite des toiles du célèbre peintre, en les confrontant aux réalisations d’artistes du XXe et XXIe siècles issues du Fonds régional d’art contemporain Aquitaine. Couleurs, formes, luminosités entrent en résonance, créant ainsi un dialogue qui réactive le regard du visiteur sur l’une des collections majeures du musée.



Face à face avec Léon Gischia...

Il a incarné la modernité sans cesser de se référer aux maîtres et amis tant admirés. Né au début du XXe siècle, ce grand artiste, d’origine dacquoise mais de renommée internationale, a reçu une formation académique, faisant du musée Bonnat, à Bayonne, son premier contact avec l’histoire de  la peinture. L’art de Gischia, en prolongement des grands noms de la peinture française, évolue de la figuration dans ses jeunes années, à la géométrisation et l’abstraction colorée. À partir des années 1930, les échanges que Gischia engage avec d’autres figures artistiques apparaissent de façon plus systématique. Derain, Dufy, Matisse, Picasso, Bazaine, Estève, Pignon... Gischia affectionne particulièrement les expositions croisées d’où lui vient sa notoriété. C’est un tel dialogue d’art que recrée, par un jeu d’associations, l’exposition « En regard ».



Expressions plurielles et variées pour une collection revisitée...

Les œuvres graphiques et colorées de Léon Gischia face à des pièces maîtresses de l’art contemporain, de Manuel álvarez Bravo, à Élisabeth Ballet, en passant par l’atelier du Bauhaus, Bruno Carbonnet, Alain Fleig, Vincent Ganivet, Hugo Pernet, Patrick Raynaud, Pierre Savatier, Joseph Sudek et Sébastien Vonier. Autant de vis-à-vis qui créent des passerelles, soulignent des correspondances de formes et de sens et révèlent une permanence de thèmes et de préoccupations, tout en apportant de nouveaux éclairages sur l’ensemble de ces créations.

Léon Gischia aurait probablement aimé visiter ce musée imaginaire qui prouve si besoin est que son art n’a pas livré tous ses secrets. Ses tableaux, en regard avec d’autres réalisations, ne manquent pas d’étonner, de faire réagir, de séduire et de montrer combien une œuvre, quoique passée, est toujours actuelle, jamais dépassée...
 



1er face a face : La géométrisation des corps

 

Mêmes silhouettes fragmentées, même géométrisation des figures présentées...

À partir des années 1960, dans l’art de Gischia, l’expression s’estompe au profit de la recherche sur les volumes. Les figurations disparaissent, mais l’artiste garde un lien avec la réalité : il ne succombe pas à l’abstraction pure et laisse apparaître de temps à autre un portrait, un nu, un objet. Dans l’utilisation systématique de carrés, de rectangles, de losanges et autres formes géométriques, se manifeste l’amorce d’une décomposition géométrique de la réalité, grâce à laquelle une nouvelle réalité se dessine, une réalité stylisée.

Cette photographie d’Alain Fleig représente un buste d’homme : l’image est constituée d’un ensemble de détails du torse. L’effet produit est proche de celui que l’on obtient dans un miroir mosaïque. La photographie ne fait pas que reproduire, elle peut aussi produire, c’est-à-dire créer une image. Dans celle-ci, la fragmentation du corps produit un effet de vibration et dilate les formes.

 


2er face a face : L’art abstrait ou la quête d’une grammaire élémentaire des formes et des couleurs

L’art abstrait se caractérise par l’absence de toute référence à la réalité. Cet éloignement de la nature semble être le résultat d’une attitude : celle qui consiste à mettre l’accent sur les couleurs et les lignes.

Dans la fleur de son art, Gischia cède au désir de rendre autonome les éléments plastiques (la ligne et la couleur) et d’en faire un langage universel. L’artiste dépouille progressivement son dessin pour ne conserver que la pureté de la ligne et porter tout son intérêt à la couleur, qui évoque à elle seule l’espace, la lumière et les volumes par ses degrés d’intensité et de répartition des tons. Il privilégie les couleurs chaudes, les rouges, les bruns et les ocres, tons des toits vénitiens qui l’entourent dans son exil à Venise. Dans sa modernité, Gischia ne cesse de s’inspirer de la réalité.

À la fois sculpture murale et tableau sculpté,   est un panneau de bois constitué de lattes présentant une gamme de couleurs, qui  pourrait tout autant évoquer un panneau de chantier qu’une œuvre minimaliste. Outre cette ambiguïté de nature, le titre évoque un objet qui ne correspond pas à ce qu’il désigne. Un nuancier est normalement un objet facilement maniable et s’utilise pour faire un choix de couleur. Or, du nuancier, l’œuvre ne garde que le dégradé de couleurs, tandis que sa monumentalité fait directement référence à l’architecture en milieu urbain. Les sculptures de Sébastien Vonier relèvent d’une forme de sobriété qui rappelle l’esthétique de l’art minimal, tout en faisant référence à des éléments empruntés au réel.
 



3eme face a face : L’Arlequin en art

 

Depuis 1963, Léon Gischia a choisi de vivre à Venise. Cet épisode de vie en Italie marque un tournant majeur dans son œuvre. La géométrisation des formes s’accentue, la palette devient plus riche en matière.

L’Arlequin de Gischia, peint en 1986, illustre parfaitement cette évolution. Le personnage est d’ailleurs un mannequin de choix pour l’artiste, chantre de la couleur et des compositions de style mathématique. Personnage de la comédie italienne, Arlequin présente en effet un costume typique, fait de losanges multicolores, largement représenté par les artistes. Rappelons-nous à propos l’Arlequin de Picasso. Gischia partage-t-il, avec cette toile, ses souvenirs colorés vénitiens, ou nous permet-il d’approcher le succès rencontré aux côtés de Jean Vilar sur les scènes théâtrales, pour nombre desquelles il a conçu décors et costumes ?

Les photographies de Pierre Savatier intitulées Tissu Arlequin, sont réalisées par contact. Le morceau d’étoffe est directement posé sur le papier photographique et l’ensemble est insolé. Là où le tissu touche le papier, il y a un effet de netteté. En revanche, à l’endroit des plis, se crée un flou. Quand le tissu est opaque, la lumière ne passe pas, le papier n’est pas insolé et reste blanc au développement. Selon la transparence du tissu, la lumière le traverse plus ou moins. Le jeu ainsi obtenu contraste entre blanc, gris, noir, détails nets et surfaces floues. La force abstraite de la composition est due à l’utilisation du noir et blanc et du tissu à forme géométriques.
 



4er face a face : L’espace de l’œuvre d’art

 

La révolution du regard induite par l’art moderne a consisté à rendre l’œuvre à elle-même, à faire en sorte que celle-ci puisse à nouveau susciter son espace propre.
Cette question de l’espace jour un rôle capital dans le style de Gischia. Dans L’heure espagnole, contrairement à nos habitudes, l’objet n’est plus enfermé dans son contours. Mais où est-il alors ? Quel espace le contient-il ? Il fallait s’y attendre : c’est l’espace lui-même qui est mis en question. La couleur introduit dans la surface du tableau des constantes, des échos, des répétitions, des rythmes par une sorte de répartition des figures et de succession des lignes. L’espace que les couleurs inaugurent n’est plus tout a fait dans la toile. Prodige de l’illusion, il en sort, il suggère des dimensions qu’aucune toile ne contient.

Mono 3 est constituée de lignes obliques, peintes à main levée, qui forment un quadrillage sur l’ensemble de la toile. Dans cette œuvre, Hugo Pernet renouvelle son intérêt pour la question de la pérennité du tableau comme format, sa persistance d’aujourd’hui, alors que beaucoup d’artistes de la fin du XXème siècle cherchent plutôt à échapper ou à dépasser le format de la toile. Comment le tableau peut-il se régénérer, « comment peut-il sortir de lui-même tout en restant lui-même » ? (H.Pernet). Mono 3 ne renvoie à rien d’autre qu’à elle-même, si ce n’est son titre, donné après coup, qui évoque une image, celle d’une enceinte. Mono est la forme archaïque de diffusion du son. Dans ses œuvres, Pernet questionne à la fois le mutisme de la peinture abstraite, réduite à ses éléments matériels, mais aussi sa « sociabilité visuelle » car une œuvre procure un plaisir visuel à celui qui le regarde, sans pour autant maîtriser les codes d’appropriation utilisés par l’artiste.
 



Autour de l’exposition


« Lecture En regard d’une œuvre »
Samedi 27 avril 16h, autour des Rencontres à Lire, lecture de La bonne réputation, fiction de Valérie Mréjen imaginée à partir d’une œuvre de Manuel Àlvarez Bravo.
Coédition Frac Aquitaine et Confluences, collection Fiction à l’œuvre.


« Nuit des musées »
Samedi 18 mai. Programmation à préciser.


« Rendez-vous au musée en famille »
Dimanche 2 juin 15h, venez découvrir l’exposition en famille.